Texte in Französisch

Le FPÖ ("Freiheitliche Partei") en Autriche – Le "Rassemblement national" (Ex-"Front national") de Marine Le Pen en France / L'intermède Eric Zemmour

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Autriche: Le 1er gouvernement du Conservateur Sebastian Kurz (avec le FPÖ) / Le 2ème gouvernement de Kurz (avec Les Verts) / La chute de Kurz et ses suites

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Autriche: La remontée du FPÖ sous la direction d'un leader plus radical que jamais, Herbert Kickl

"Correspondants" - Débat sur "France Info tv"

La visite du pape à Marseille axé sur l'obligation d'accueil et de protection des migrants en Méditerrannée - de mon point de vue, "à certains égard la principale manifestation en France contre la montée de l'extrême-droite depuis 2002".

 

Durant cette émission j’ai eu l’occasion d’expliquer en quoi la teneur de la visite du pape à Marseille, c’est-à-dire son discours maintes fois répété en faveur de l’accueil des migrants, marquait,  selon moi, « à certains égards, la principale manifestation en France contre la montée de l’extrême-droite depuis 2002 » (J’affirme cela, sans pour autant m’aligner sur la totalité de son discours en la matière, mais par respect pour cette courageuse tentative du pape de contrer la poussée de l’extrême-droite. Ma prise de parole sur le sujet intervient dans le replay environ à : 00 : 05 : 40)

 

Mais j’ai également constaté que cette visite coïncidait avec un affaiblissement des forces catholiques de gauche et de centre-gauches. Celles-ci s’étaient amplifiées depuis Vatican Deux, avaient joué un rôle décisif lors du soulèvement de Mai 1968 (à travers les prêtres ouvriers et les « Jeunesses ouvrières chrétiennes », notamment dans l’ouest de la France), jeté les bases de la « Deuxième gauche » (qui allait bientôt supplanter le Parti communiste encrouté et soumis au Kremlin), contribué à la refondation du PS et l’arrivée de l’union de la gauche au pouvoir en 1981, et présidé à la fondation de la CFDT,  devenu entre-temps la première confédération syndicale de France.  En plus, cette gauche catholique avait impulsé un tissu d’associations humanistes, qui irriguent toujours la société civile françaises.

 

Néanmoins, ces courants catholiques de gauche et réformateurs sont aujourd’hui constitués en premier lieu par des personnes d’âge mur. Ils se trouvent plutôt en porte à faux vis-à-vis d’une partie importante notamment des nouvelles générations catholiques, plus enclins à un retour à une ritualisation prononcée et un conservatisme confessionnel, et qui tendent sur l’échiquier politique en plus grand nombre qu’avant vers le centre-droit et même l’extrême-droite. Cette re-confessionnalisation conservatrice est aussi valable pour les adeptes des églises néo-protestantes, des courants juifs religieusement plus affirmés qu’avant et, bien entendu, aussi pour une part importante des jeunes générations musulmanes. Mais ces dernieres ne peuvent pas (encore ?) se rapprocher massivement de la droite politique française à cause de son tropisme anti-Islam généralisant.

 

Danny Leder, 24/9/2023

Club de la Presse internationale sur "France Info TV":

Débat sur la campagne électorale, une semaine avant le deuxième tour des présidentielles en France

Sous la direction de Martin Baumer et avec Anna Navarro Pedro (Portugal), Joav Toker (Israel) et Danny Leder

 

« Si Marine Le Pen passe, l’Union européenne trépasse »

 

Les principaux sujets proposés lors du débat du Club de la presse internationale sur « France-Info-TV », le dimanche 17 Avril, étaient : la chasse des deux finalistes de la présidentielle aux voix de gauche. Et est-ce que le front républicain face à l’extrême-droite existe-il toujours ?  

   Mais pour ma part, j’estimais que l’essentiel ne se situait plus au niveau de ces interrogations redondantes. Une semaine avant le deuxième tour des présidentielles françaises il fallait parer au plus urgent, et c’est ce que j’ai essayé de faire lors de mes prises de parole.

   J’ai me suis donc focalisé sur la survie de l’Union européenne qui serait bien évidemment remise en question par une victoire de Marine Le Pen. Et qu’il fallait que les électeurs décident en leur âme et conscience face aux défis de ce deuxième tour - indépendamment de ce qu’elles ou ils avaient pu ressentir, espérer ou voter antérieurement.

   Si Marine Le Pen n’affirme plus textuellement vouloir sortir de l’Union européenne ou de l’Euro, les mesures qu’elle promeut engendreront inévitablement une rupture avec l’UE, ou du moins avec l’Union politique et économique en sa version actuelle, cadrée par la convention des droits de l’homme et la cour de justice européenne. Vu le poids décisif de la France, qui a encore augmenté suite au Bréxit, l’UE dans sa mouture actuelle ne pourra pas survivre à une arrivée au pouvoir de l’extrême-droite à Paris.

   Ainsi le souhait de Marine Le Pen de réduire la contribution de la France au budget européen de manière unilatérale rendra caduc les autres accords qui ont permis d’ériger l’union monétaire. Une union qui s’est pourtant avérée vitale lors des crises financières antérieures et qui a permis à la France de pouvoir emprunter sur les marchés financiers à un taux extrêmement favorable. D’ailleurs, si on suivait les recettes souverainistes de Marine Le Pen, qu’en serait-il de l’emprunt européen record qui a permis à tant d’entreprises françaises et d’habitants de ce pays de faire face à la crise sans précèdent provoquée par l’épidémie du Covid ?  

   Et puis, Marine Le Pen veut sortir du pacte qui mutualise l’approvisionnement en énergie entre les états membres de l’UE. C’est le tout-nucléaire propre à la France (en faveur duquel Marine Le Pen veut d’ailleurs démanteler même les éoliennes existantes !) qui rendrait le pays autosuffisant en la matière et baisserait le prix de l’électricité, selon ses dires. Mais en dehors d’un risque d’accident cataclysmique qu’implique cette monoculture nucléaire, on peut constater qu’actuellement déjà 20 pourcents du parc nucléaire français sont à l’arrêt à cause de défaillances, de corrosion prématurée et de mesures de révision – et ce n’est qu’un début si l’on tient compte de l’âge avancée de nombreuses centrales. Que ferait la France si elle ne pouvait pas s’approvisionner en énergie auprès de ses voisins justement dans le cadre du pacte européen pour compenser l’arrêt de ses centrales. On irait droit au Black-Out. C’est bien pour éviter cela qu’il faut rester au sein du système mutuel de fourniture d’énergie européen y compris en supportant son soi-disant surcout.

 

Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave…

 

J’ai évoqué l’Autriche pour rappeler qu’un parti d’extrême droite, le FPÖ, allié au sein du parlement européen de Marine Le Pen, avait déjà gouverné en Autriche – mais au sein d’une coalition dans laquelle à chaque fois le FPÖ s’était retrouvé (en)cadré par un partenaire plus puissant. Et à chaque fois, la participation gouvernementale des amis autrichiens de Marine Le Pen s’était soldée par des scandales de corruption et autres abus qui avaient été mis en lumière par les médias et la justice.

   Mais en France, si Marine Le Pen accèderait à la présidence, on assisterait à la rencontre entre un système qui confère déjà énormément (trop ?) de pouvoir au chef de l’état, en tout cas plus que dans n’importe quel autre pays démocratique, et une femme politique issue de la tradition national-autoritaire et qui, à de multiples reprises, a désigné ses modèles politiques.

   Par exemple, lors d’une interview qu’elle m’avait accordé en Mai 2014, donc après l’annexion de la Crimée par la Russie, elle avait déclaré : « Poutine défend les valeurs de la civilisation européenne ». Et elle ne s’était pas gênée de faire la cour à Viktor Orban, le premier ministre hongrois qui a muselé quasiment tous les médias de son pays, et qui mis au pas les autres contre-pouvoirs ce qui a permis à son entourage de détourner impunément une partie importante des subsides européens.

   C’est donc bien une course à l’abime autoritaire que risque la France, si jamais Marine Le Pen parviendrait  au pouvoir dimanche prochain. J’ai résumé ce risque en utilisant la formule : « Si Marine Le Pen passe, l’Union européenne trépasse ».

 

17/4/2022

Club des correspondants étrangers sur "France Info TV":

Débat sur la bataille politique autour du Pass sanitaire,
le "Kärcher" de Valérie Pecresse, la présidence française de l'UE

Sous la direction de Martin Baumer et avec Ulrike Koltermann, Paolo Lévi et Danny Leder

 

Concernant le Pass sanitaire, nous avons notamment évoqué les scènes affligeantes à l'assemblée nationale où des députés des "Républicains", du  "Rassemblement national" de Marine Le Pen et de la "France insoumise" de Jean-Luc Mélenchon, donc des opposants de droite, d'extrême-droite et de gauche réunis pour l'occasion, ont laissé éclater leur joie après avoir réussi à entraver ensemble (!) l'adoption de cette mesure nécessaire dans la lutte contre la pandémie.

 

Mes prises de positions: lourde responsabilité de certaines forces de gauche qui se sont laissées entrainés partiellement par les obscurantistes antivax et d'extrême-droite / Des pans entiers des milieux populaires et des jeunes se trompent de combat / Le cruel manque d'une gauche éclairé près à affronter les antivax et implantée dans les milieux populaires / Ne pas laisser la protection vaccinale qu'aux couches aisées / Ouvrir aussi églises, mosquées et synagogues dans les quartiers à la vaccination.

 

Pour ma part, j’ai déploré qu’on a notamment laissé des pans importants des milieux populaires, des immigrés et de leurs enfants, tellement exposés de par leur travail et leur habitat à l’épidémie, s’enfoncer dans la méconnaissance du danger, l’indifférence et la méfiance vis-à-vis de la protection vaccinale, quand, en même temps, les couches plus aisées et plus instruites ont eu massivement recours à la vaccination. J’ai pointé la lourde responsabilité de certaines forces de gauche et syndicales et de certains de leurs militants et supporters qui se sont, du moins partiellement, laissés entrainer par le mouvement antivax. Ce qui nous fait cruellement défaut, c’est des relais militants et une gauche éclairée implantée dans les couches populaires et parmi les jeunes qui pourraient promouvoir efficacement la vaccination et affronter les mouvements obscurantistes. Une gauche éclairée aurait dû leur dire : « Mais vous vous trompez de combat en vous opposant à la vaccination. Au contraire, il faut tout faire pour ne pas laisser la vaccination principalement aux classes plus aisées. » J’ai également fait référence à l’exemple aux mesures mises en œuvre par la municipalité de centre-gauche à Vienne, où la vaccination s’est également déroulé dans des Églises, Mosquées, Synagogues et autres lieux de rencontres au sein des quartiers.

9/1/2022

Club de la Presse internationale sur "France Info TV":

Débat sur la campagne électorale, une semaine avant le premier tour des présidentielles en France

Sous la direction de Martin Baumer et avec Sarah Canals (Radio espagnole Cadena SER), Alain Rebelez (Tribune de Genève) et Danny Leder

 

Durant ce débat je me suis notamment employé à mettre en garde contre l’ascension de Marine Le Pen. Je suis revenu sur mes interviews avec elle du temps où j’étais correspondant du quotidien autrichien « Kurier ». Elle avait alors affirmé (je cite) : « Je veux effondrer l’Union européenne ». Ensuite, elle avait m’avait expliqué « Poutine défend les valeurs de la civilisation européenne ». Bien qu’elle ait mis entre temps ce discours en sourdine, elle persiste à prendre exemple sur l’hypernationaliste Viktor Orban qui a muselé les médias en Hongrie et permis à ses amis d’accéder à des positions de monopoles économiques et de détourner les subventions européennes. Marine Le Pen s’était encore récemment livrée à une compétition sordide avec Eric Zemmour pour être adoubé par Orban.

 

Surtout, un succès de Marine Le Pen lors des présidentielles françaises serait un signal désastreux pour les défenseurs de l’Ukraine démocratique, au moment ou ceux-ci comptent sur l’unité de l’Europe et des démocraties en général face à l’impérialisme de Poutine.

 

La discussion a également porté sur Jean-Luc Mélenchon, en troisième position dans les sondages après Emmanuel Macron et Marine Le Pen. J’ai expliqué que ses efforts pour rattraper et devancer Marine Le Pen pâtissaient aussi de son manque de fermeté face à la montée de l’islamisme radical dans un pays durement frappé par des massacres et attentats djihadistes (des attentats qui ont largement contribué à faire monter l’extrême-droite). Ainsi Mélenchon avait refusé de participer aux rassemblements qui avaient suivis le meurtre de deux soldats français (et musulmans) et de trois enfants et un enseignant dans une école juive à Toulouse perpétrés par Mohammed Merah. Par contre, Mélenchon qui avait participé à une manifestation contre l’Islamophobie, n’avait rien trouvé à redire quand la foule avait crié « Allahu Akbar », slogan pourtant utilisé comme crie de guerre par les assassins djihadistes.

 

Mélenchon avait également durant la crise du Covid allégué de l’insuffisance des vaccins ARN-Messagers et communié de facto avec l’extrême-droite et les anti-vax dans leur rejet du Pass sanitaire et du Pass vaccinal. Il s’agissait bien d’une tentative délétère d’accrocher ses wagons aux mouvements obscurantistes qui avaient déferlés sur la France métropolitaine et les Antilles.

 

3/4/2022

Paru dans la revue ESPRIT:

La chute de Kurz

...et la suite:

La chute du chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz en Octobre 2021, suivie de son retrait complet de la scène politique début Décembre, pourrait déboucher en 2022 sur de nouvelles législatives et faire émerger une alternance de centre-gauche / Entretemps, l'extrême droite autrichienne s'enfonce dans une campagne hallucinante contre le vaccin anti-Covid. Son leader, Herbert Kickl, promeut à la place un remède destiné à combattre les vers affectant les chevaux

L'ancien enfant prodigue de la droite dure en Europe de l'ouest, le chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz, opposé à la politique centriste d'Angela Merkel, et dont l'aura avait un temps irradié jusque dans les rangs de la CDU allemande, vient d'annoncer, début Décembre, son retrait complet de la vie politique. En Octobre, il avait été acculé à la démission de son poste de chancelier suite à une série d'enquêtes judiciaires et de mises en accusation pour corruption, favoritisme et abus de biens sociaux. Kurz s'était notamment notamment servi d'un fonds public destiné à "lutter contre les escroqueries financières" pour commander et faire publier des sondages truqués. Kurz était néanmoins resté chef du parti conservateur (ÖVP), misant sur son retour à la tête du pays (Voir l'article paru dans la Revue ESPRIT, Décembre 2021).
     Après la démission de Kurz en Octobre, la coalition gouvernementale entre le ÖVP et Les Verts ("Die Grünen") avait perduré dans un premier temps sous la houlette d'Alexander Schallenberg, un proche de Kurz, qui avait été auparavant ministre des Affaires étrangères. Maintenant que Kurz s'est complètement retiré de la scène politique, son ami Schallenberg vient, à son tour, de d'abandonner  sa fonction de chancelier pour redevenir ministre des Affaires étrangères. C'est le précédant ministre de l'intérieur, Karl Nehammer, qui a pris les rennes à la fois du gouvernement et du ÖVP.
    Le nouveau chancelier va poursuivre l'alliance gouvernementale avec Les Verts. Nehammer, un pur produit de l'appareil traditionnel du ÖVP, passe pour être une personnalité moins clivante que Kurz. Il poursuivra néanmoins la ligne dure vis-à-vis des réfugiés. Cela dit, le conservateur Nehammer est un adversaire plus résolu de l'extrême-droite et de la mouvance anti-Vax que l'a été Kurz. 
    Mais la stabilité de ce gouvernement, le troisième depuis 2017, est loin d'être assurée. La dirigeante du parti social-democrate (SPÖ), Pamela Rendi-Wagner, qui pour la première fois devance dans les sondages le chef du ÖVP, envisage de nouvelles législatives en printemps 2022. Toujours selon les derniers sondages, de nouvelles élections pourraient faire émerger une alternance de centre-gauche, à l'instar du nouveau gouvernement allemand. Pour la première fois, le SPÖ, Les Verts et les "Néo" (un petit parti libéral d'inspiration macroniste) auraient une chance de parvenir ensemble à une majorité gouvernementale - sans l'hypothèque du FPÖ, le parti d'extrême droite, dirigé par Herbert Kickl, un démagogue de la pire espèce.
    Kickl mène une campagne hallucinante contre la vaccination anti-Covid. À la place du vaccin, le chef de l'extrême-droite autrichienne promeut la prise d'un remède contre les vers qui affectent les chevaux. Suite à quoi, la société qui commercialise ce produit vétérinaire a été obligée de publier une mise en garde contre la prise de ce médicament par des humains. Malgré ses discours aberrants, Kickl est crédité par  les sondages d'environ 20 pourcent d'intentions de vote. De plus, un parti uniquement dirigé contre la vaccination anti-COVID, le MFG ("Humains, Liberté, Droits fondamentaux"), a remporté lors d'élections régionale en Haute-Autriche (Oberösterreich) en Septembre 6,23 pourcent des voix, tandis que le FPÖ parvenait à 19,7 pourcent (subissant quand même une chute de 10 pourcent). Finalement, des responsables du FPÖ et du MFG ont contracté la COVID et atterri en soins intensifs. Certains ont fait amende honorable. Pourtant, ni le noyau dur du courant anti-Vax ni Kickl ne semblent affectée par ces tragédies.   

4/12/2021